Trois taux, une même logique. Les droits canadiens de 15, 25 ou 50 % frappent environ 20 milliards de dollars de produits américains, soit 27,6 milliards de dollars canadiens, de l’acier aux yaourts, de l’électronique à la pâte à papier. Ottawa affirme que la somme correspond « au dollar près » à celle des exportations canadiennes visées depuis le 22 août par des surtaxes américaines de 50 %. La riposte se veut arithmétique.
Le bras de fer a changé de nature le 21 août. Ce jour-là, le Premier ministre Mark Carney a rompu les négociations avec la Maison Blanche. L’ancien banquier central accuse les États-Unis d’avoir voulu lui imposer un accord « injuste », avec pour objectif final de faire du Canada une « filiale » et de « détruire » son industrie, à commencer par l’automobile.
Un autre point de friction est resté longtemps hors des radars : la langue française. Selon Mark Carney, le projet d’accord remettait en cause la place des médias francophones en ligne et l’obligation d’étiquetage bilingue des produits vendus au Canada. La Maison Blanche dément avoir fait de ce sujet une « ligne rouge ».
Bombardier, cible du jour
Lundi 7 septembre, à la veille de l’entrée en vigueur des surtaxes, Donald Trump a visé l’avionneur Bombardier. « Plus de ventes de Bombardier aux États-Unis », a écrit le président américain sur son réseau Truth Social. Le constructeur a répondu par des chiffres d’emploi : ses appareils « génèrent des dizaines de milliers d’emplois aux États-Unis », où il est implanté dans une vingtaine d’États et travaille avec 2 800 fournisseurs.
Le ton s’est durci ailleurs. Les secrétaires au Trésor et à la Défense, Scott Bessent et Pete Hegseth, ont raillé l’armée canadienne, selon France 24. « Nous ne sommes pas en guerre avec le Canada. Comment pourrions-nous être en guerre avec le Canada ? Vont-ils prendre leurs deux sous-marins du centre commercial d’Edmonton et nous les lancer dessus ? », a ironisé le premier, avant d’ajouter : « On ne peut pas se lancer dans une politique de coup pour coup avec quelqu’un qui est treize fois plus grand que vous. »
Mark Carney juge ces propos « indignes ». Il demande à l’administration Trump d’arrêter les « memes » et de cesser de « jouer les durs ». « Ce n’est pas constructif, mais c’est leur démocratie », a-t-il balayé. Le président américain a par ailleurs signé un décret rebaptisant le lac Ontario, dont les eaux sont partagées par les deux pays, « lac Amérique ». « Les Canadiens nous ont très mal traités. Ce sont des gens méchants », a-t-il dit lors de la signature, dans le Bureau ovale.
Une dépendance à sens unique
Jusqu’où Ottawa peut-il aller ? Près de 60 % des importations canadiennes viennent des États-Unis et environ 70 % des exportations y sont destinées. L’asymétrie est la donnée centrale du conflit : les deux économies sont imbriquées depuis des décennies par le libre-échange continental, mais l’une pèse infiniment plus lourd que l’autre dans les comptes de sa voisine. Soutenu par l’opinion publique canadienne, Mark Carney prend un risque assumé.
La menace suivante porte déjà une date. Donald Trump a évoqué un relèvement des droits de douane sur l’automobile, de 25 à 50 %, au 1er janvier, dans un secteur clé de l’économie canadienne.
Pour amortir le choc, le gouvernement de Mark Carney a débloqué 7,5 milliards de dollars canadiens, soit 4,6 milliards d’euros : soutien à la trésorerie des entreprises, indemnisations chômage renforcées et création d’un « Fonds de diversification pour un Canada fort » chargé de chercher de nouveaux débouchés à l’export.
Aucune reprise des négociations n’est à l’ordre du jour. Le prochain rendez-vous n’est pas une table, c’est une échéance : le 1er janvier.