Sinoe et Monrovia d’abord. Deux programmes de protection du littoral y sont mis en œuvre pour contenir l’érosion et les inondations marines, écrit le responsable de l’Agence de protection de l’environnement (EPA). Un troisième chantier, le projet d’information climatique, vise à renforcer la surveillance météorologique et les alertes précoces, afin que cultivateurs et pêcheurs anticipent les épisodes dangereux.
L’agence met aussi en avant un site de compostage installé à Fiamah, avec la Monrovia City Corporation, la Liberia Water and Sewer Corporation et des partenaires internationaux. Le principe est simple : transformer déchets alimentaires et matières organiques en compost destiné à enrichir les sols agricoles. Le coût de ces installations et leur calendrier ne sont pas précisés dans la tribune.
Sur le volet répressif, Emmanuel King Urey Yarkpawolo indique que des inspections ont été menées dans les quinze comtés du pays, sur des sites miniers, industriels, côtiers et des installations de traitement des déchets. L’EPA dit avoir arrêté des activités illégales, ordonné des mises en conformité et infligé des amendes, sans en détailler le nombre ni les montants.
Le cœur de l’argument est économique. Le Liberia pèse très peu dans les émissions mondiales, rappelle le directeur exécutif, mais figure parmi les pays les plus exposés : une large part de la population vit de l’agriculture ou réside près de la côte, avec des routes, des drainages et des services de base fragiles. Quand les pluies deviennent imprévisibles, les semis se décident à l’aveugle, les récoltes baissent, les revenus suivent et l’approvisionnement alimentaire se tend.
La montée du niveau de la mer, elle, menace directement des logements, des routes et des commerces le long du littoral, selon la tribune. S’y ajoutent les effets sanitaires : la chaleur rend le travail en plein air plus pénible, les crues contaminent l’eau potable et coupent l’accès aux cliniques, aux écoles et aux marchés. Les ménages les moins pourvus mettent le plus de temps à se relever.
Le responsable libérien écarte toutefois l’explication unique. Caniveaux bouchés, constructions mal planifiées, destruction des zones humides : ces pratiques locales aggravent les dégâts, et relèvent de décisions prises sur place. Dégager les drains n’arrêtera pas le réchauffement, écrit-il, mais réduira les inondations de quartier.
Reste la question des moyens. Protection côtière, drainage, services météorologiques et contrôles nationaux exigent un financement durable, des équipements, du personnel formé et de l’entretien, besoins qui dépassent les ressources disponibles, reconnaît le texte. D’où l’appel aux pays développés, tenus par l’accord de Paris, conclu en 2015, d’aider financièrement les pays en développement à réduire leurs émissions et à s’adapter. Les grands émetteurs devraient aussi, estime Emmanuel King Urey Yarkpawolo, soutenir ceux qui subissent des pertes irréversibles, maisons détruites et moyens de subsistance perdus.
L’argument n’est pas nouveau dans la région : des côtes du Golfe de Guinée au bassin du fleuve Mano, les gouvernements répètent que la facture de l’adaptation retombe sur des budgets qui financent déjà mal les routes et les dispensaires. La tribune ne chiffre ni les besoins du Liberia ni les sommes déjà reçues. C’est pourtant là que tout se joue. Combien arrive réellement aux villages côtiers et aux planteurs, et quand ?