Trente-huit pour cent. C’est l’écart que la Banque mondiale relève entre les dépenses d’investissement que l’État ghanéen a réellement exécutées et le montant inscrit au budget approuvé. Autrement dit, Accra a dégagé son excédent moins en encaissant davantage qu’en dépensant beaucoup moins que prévu.
Robert R. Taliercio, directeur de division de la Banque mondiale pour le Ghana, le Liberia et la Sierra Leone, s’exprimait à Accra au lancement du dixième rapport de l’institution sur l’économie ghanéenne. « The fiscal surplus was achieved largely through expenditure compression, with capital spending 38% below budget, which is not sustainable », a-t-il déclaré, soit : l’excédent vient surtout de la compression des dépenses, l’investissement public terminant 38 % sous le budget, ce qui n’est pas soutenable.
Le mécanisme est simple. Les dépenses d’investissement financent ce qui dure : routes, réseaux électriques, bâtiments publics. Un ministère qui reporte un chantier améliore ses comptes de l’année en cours sans rien devoir expliquer, puisque la ligne budgétaire existe toujours sur le papier. C’est la voie la plus rapide vers un solde positif, et la moins visible.
Taliercio a averti que le Ghana ne devait pas asseoir son redressement budgétaire sur ces coupes, l’investissement conditionnant selon lui le développement des infrastructures et la croissance de long terme. La retenue sur les dépenses procure un répit immédiat, a-t-il ajouté, mais un sous-investissement prolongé finirait par affaiblir la capacité productive du pays.
La Banque mondiale plaide donc pour des réformes qui préservent la discipline budgétaire tout en protégeant les investissements prioritaires et les services publics essentiels. Elle place deux leviers en tête : une mobilisation plus forte des recettes intérieures et une meilleure gestion des dépenses. Le gouvernement ghanéen, lui, poursuit les mesures destinées à rétablir la stabilité macroéconomique et à réduire la vulnérabilité de sa dette.
Le sujet dépasse Accra. Taliercio couvre trois pays voisins par la côte, le Ghana, le Liberia et la Sierra Leone, où les mêmes arbitrages se posent : rassurer les créanciers sans geler les chantiers. Sur la même page, MyJoyOnline rapporte deux autres constats de la Banque mondiale : une dette publique ramenée à 49 % du produit intérieur brut en 2025, contre 70,3 %, et 56,4 % de Ghanéens toujours pauvres malgré la reprise. Le solde budgétaire s’est redressé plus vite que les conditions de vie.
Le dixième rapport économique sur le Ghana énumère les mesures que l’institution juge nécessaires pour consolider cette reprise. Restent les chiffres du prochain budget. Ligne par ligne, ils diront si les chantiers repartent.