Trente hectares, à Logofourousso, village rattaché à la commune de Bobo-Dioulasso. C’est l’emprise du complexe industriel Textile des Forces du Burkina Faso, TEXFORCES-BF, mis en service le mercredi 9 septembre 2026. L’unité doit produire des effets d’habillement pour les Forces de défense et de sécurité, mais aussi pour les populations civiles.
La cérémonie s’est tenue sous la présidence du chef de l’État, le capitaine Ibrahim Traoré. Les autorités burkinabè présentent l’infrastructure comme stratégique et unique en Afrique de l’Ouest, avec un objectif affiché : réduire la dépendance du pays aux importations d’uniformes et de vêtements. L’usine confectionnera notamment les tenues des Forces de défense et de sécurité, précise le site d’information Sahelien.
Le choix du site n’a rien d’anodin. Bobo-Dioulasso est la capitale cotonnière du pays. La fibre burkinabè, l’une des principales productions agricoles d’exportation du Sahel, quitte historiquement le territoire à l’état brut : la filature, le tissage et la confection, c’est-à-dire les étapes où se forme l’essentiel de la valeur ajoutée, se font ailleurs. C’est ce circuit que le gouvernement dit vouloir raccourcir.
Pour les producteurs, l’enjeu se mesure au prix d’achat de la campagne et au débouché garanti. Une usine de confection installée à proximité des zones de culture modifie la chaîne : elle achète de la fibre égrenée sur place plutôt que de la laisser partir vers les ports d’Abidjan ou de Lomé. Encore faut-il que ses volumes pèsent face à l’exportation.
Le coût de l’investissement, le nombre d’emplois attendus et la capacité annuelle du complexe n’ont pas été communiqués lors de l’inauguration. La question du financement reste donc entière, à un moment où l’État burkinabè assume par ailleurs l’effort de guerre contre les groupes armés.
La transformation locale des matières premières est devenue un axe de discours commun aux trois États de l’Alliance des États du Sahel, qui associe le Burkina Faso, le Mali et le Niger. Coton, or, bétail : chacun revendique de capter chez lui une part de la valeur qui lui échappe.
Le complexe doit maintenant tourner. Aucun calendrier de montée en charge n’a été rendu public, et la part de la récolte burkinabè qui prendra le chemin de Logofourousso reste à fixer.