526 francs CFA le kilo, environ 0,80 euro : c’est ce qu’a valu le caoutchouc naturel bord champ au mois d’octobre, selon l’Association des professionnels du caoutchouc naturel de Côte d’Ivoire (Apromac). Jamais la filière n’avait atteint ce niveau. Le prix bord champ est celui que reçoit le planteur à la sortie de sa parcelle, avant transport et usinage : c’est donc directement son revenu qui grimpe.
Depuis janvier, les cours nationaux ont progressé de plus de 50 %. Deux moteurs expliquent cette envolée. D’un côté, la demande de l’industrie automobile mondiale, premier débouché du caoutchouc naturel à travers le pneumatique. De l’autre, le repli de l’offre asiatique : la Thaïlande et l’Indonésie, les deux premiers producteurs de la planète, ont affronté ces dernières années des conditions climatiques défavorables.
La Côte d’Ivoire a produit environ 1 932 106 tonnes de caoutchouc sec en 2025, d’après le Fonds interprofessionnel pour la recherche et le conseil agricoles (Firca), soit 12 % du total mondial. Le pays se classe au troisième rang mondial et au premier en Afrique. L’hévéaculture génère plus de 8 % du produit intérieur brut ivoirien, un poids que peu de cultures atteignent dans un pays surtout identifié au cacao.
Que touche réellement le planteur sur ce prix ? Plusieurs réformes du mécanisme de fixation viennent de rebattre les cartes. La décote de 2 francs CFA par kilo a été supprimée : cette retenue datait d’une époque où le caoutchouc ivoirien passait pour inférieur à celui d’Asie. La part revenant au producteur, elle, est portée de 63 % à 66 % du prix de référence net, trois points de plus dans la poche de celui qui saigne l’arbre.
Troisième mesure : le plafonnement à 10 francs CFA par kilo des primes incitatives, ces compléments que les usiniers versent pour capter la production. La surenchère de ces dernières années profitait aux gros transformateurs et asphyxiait les plus petits. L’organe régulateur, le Conseil hévéa-palmier à huile-coco (CHPC), constate que l’application du nouveau mécanisme bute encore sur des difficultés, rapporte RFI, sans que leur nature ait été détaillée.
Portées par cette embellie, les autorités veulent étendre la sole hévéicole. Le Programme d’urgence de renouvellement et d’extension (PURE) prévoit 500 000 hectares de plantations supplémentaires d’ici 2035. La filière reste pour l’essentiel tournée vers l’exportation de caoutchouc naturel brut, c’est-à-dire vers une matière première transformée ailleurs, là où se capte la valeur du pneu fini.
Un arbre planté aujourd’hui ne se saigne pas l’année suivante. Les hectares du PURE répondront donc à des cours que personne ne connaît, pendant que les planteurs, eux, attendent de voir si les 66 % promis se retrouvent sur leur balance.