1 190,6 milliards de francs CFA. C’est la somme que le budget 2026 du Sénégal consacre aux intérêts et commissions de sa dette, soit un quart des recettes fiscales de l’État et 258,5 milliards de plus que l’année précédente. Ce chiffre sert de socle à la déclaration commune de cadres, universitaires, experts et acteurs économiques réunis dans la Coalition des Cadres de la Majorité Présidentielle, qui apportent leur soutien au Plan de traitement de la dette du Sénégal (PTDS), présenté par le gouvernement le 1er septembre 2026.
Le texte répond à une autre tribune, signée par 191 universitaires proches de Pastef. Les signataires y voient une confusion de fond : le plan gouvernemental serait présenté comme une restructuration, ce qu’il n’est pas selon eux. Le décompte des signataires varie d’ailleurs au sein du texte publié par Dakaractu, qui fait état de 136 noms et évoque aussi « une centaine » de signataires.
Les auteurs de la déclaration alignent les chiffres du redressement qu’ils défendent. Le déficit budgétaire est passé de 13,4 % du produit intérieur brut en 2024 à 6,4 % en 2025, écrivent-ils. La croissance réelle a atteint 6,5 % en 2024 puis 6,7 % en 2025, avant une projection de 2,7 % pour 2026, qu’ils attribuent aux « chocs récents », sans les détailler. Réduire le déficit, contenir la dette et préserver la croissance en même temps : la déclaration parle d’« un exercice d’équilibriste ».
La bataille du mot « traitement »
« Ils confondent allègrement traitement et restructuration, comme si les deux mots étaient synonymes. Ils ne le sont pas », écrivent les signataires à l’adresse des 191. Le mot n’est pas neutre. Une restructuration touche aux termes d’emprunts déjà contractés et se négocie avec les créanciers ; elle est scrutée par les marchés comme par les agences de notation. La déclaration s’appuie sur le communiqué du Fonds monétaire international du 1er septembre 2026, qui emploie l’expression « traitement de la dette » et indique que les autorités sénégalaises ont annoncé leur intention d’en solliciter un.
Le niveau d’endettement, lui, n’est contesté par personne dans ce débat. Le FMI évaluait la dette publique sénégalaise à 132 % du PIB à la fin de 2024. Les signataires rappellent que le pays a toujours honoré ses échéances et citent le ministère de l’Économie, des Finances et du Plan, pour qui il y a urgence à réduire les vulnérabilités. L’accès aux marchés internationaux s’est dégradé, affirme la déclaration.
Qui garde le dernier mot
Reste la question de la souveraineté, celle qui fâche. Les 191 laissent entendre que Dakar aurait perdu la main face au Fonds, résument les cadres de la majorité, qui opposent à cette lecture le communiqué du 1er septembre : l’accord conclu au niveau des services doit encore recevoir l’aval de la direction et du conseil d’administration du FMI, et le choix des opérations de dette relève de la décision souveraine du Sénégal. « Refuser de traiter la dette par posture politique, ce n’est pas de la souveraineté. C’est de l’irresponsabilité », écrivent-ils.
Pour le reste de la région, l’affaire n’est pas lointaine. Le Sénégal partage le franc CFA avec sept autres États de l’Union économique et monétaire ouest-africaine et se finance en partie sur le marché régional des titres publics, où banques et investisseurs de la zone achètent sa signature. Ce que Dakar négociera sur sa dette peut donc influer sur les conditions de financement de ses voisins.
Les signataires écrivent aussi que certaines questions soulevées par les 191 sont légitimes : la transparence, la responsabilité, la protection des populations. Mais ils refusent d’en faire un « procès politique » contre la stratégie en cours. « La dette n’appartient ni au Gouvernement, ni à l’opposition, ni à un parti. Elle appartient au peuple sénégalais », conclut la déclaration, qui pose une question à ses contradicteurs : « quelle est votre alternative concrète ? »
La réponse viendra aussi de Washington. Le conseil d’administration du FMI n’a pas encore statué, et aucune date n’a été communiquée.