À Issia, dans le centre-ouest du pays, à plus de 400 kilomètres d’Abidjan, Sékou Traoré récolte aujourd’hui 500 à 600 kilos de fèves à l’hectare sur la vingtaine d’hectares héritée de ses parents. Il en tirait autrefois près d’une tonne. « La production n’est plus la même qu’avant », dit le planteur, qui met en cause l’âge de ses arbres et la pluviométrie : « Avec le changement climatique, les pluies ne suivent pas. Avec la déforestation, les plants n’arrivent pas à bien être irrigués. Donc, leur durée de vie est réduite ».
Le 1er septembre, l’État a arrêté le prix bord champ de la récolte principale à 1 200 francs CFA le kilogramme, soit 1,82 euro, montant identique à celui annoncé en mars pour la campagne intermédiaire, après des mois de crise dans la filière. Par rapport à la campagne précédente, RFI évoque une baisse de près de 60 % du prix payé au producteur.
Le calcul est vite fait à la parcelle. Six cents kilos vendus au prix officiel rapportent 720 000 francs CFA à l’hectare, avant les intrants, la main-d’œuvre de récolte et le transport jusqu’au point d’achat. C’est sur cette base que se décide, chaque année, l’entretien des plantations : tailler, traiter, replanter coûte de l’argent que la campagne doit avancer.
En Côte d’Ivoire, le planteur ne vend pas au cours mondial du jour. Le prix bord champ est fixé par l’État, et une partie de la récolte est cédée par anticipation aux acheteurs, plusieurs mois avant que les cabosses ne soient coupées. Le prix garanti reflète donc des contrats signés en amont, ce qui protège le producteur d’un effondrement brutal des cours, mais le prive aussi d’une flambée.
Comment relever les rendements sans étendre les surfaces ? Pour le professeur Mamadou Doumbia, spécialiste en sciences agronomiques, la réponse passe par la régénération et la recherche. « On peut réhabiliter une vieille plantation, en essayant de faire la taille, en essayant de traiter les plantations avec des solutions biologiques », explique-t-il, avant d’ajouter : « Il faut que la recherche mette aujourd’hui au point des variétés à haut rendement, comme un cacaoyer qui va résister au changement climatique. On a aussi l’agroforesterie : un champ de cacao avec la présence d’arbres forestiers ».
Les cultivateurs vieillissent aussi, avec une moyenne d’âge d’environ 40 ans, et les jeunes restent peu nombreux à vouloir reprendre les parcelles familiales. Une plantation sans repreneur cesse d’être entretenue bien avant d’être abandonnée : les tailles s’espacent, les traitements sautent, le rendement suit.
L’enjeu dépasse largement Issia. Premier producteur mondial, la Côte d’Ivoire fournit 40 % du cacao de la planète ; la filière pèse 17 % du produit intérieur brut national et fait vivre environ 5 millions de personnes. Chaque centaine de kilos perdue à l’hectare se retrouve, à terme, dans les recettes d’exportation du pays et dans le pouvoir d’achat des villes de l’intérieur.
Aucune date n’a été communiquée pour la prochaine révision du prix d’achat. Un cacaoyer replanté, lui, ne donne pas la première année.